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Festival du Film Tunisien 13-14-15 mars 2008 à Paris |
Si l’on vous dit qu’il y a des fleurs de pavot pour ne pas oublier et des étoiles pour éclairer le plein midi, penserez-vous à Dada, Dali, Cuba ? Entre la Clef et l’Archipel il n’y a pas plus d’écart qu’entre la machine à coudre et la table de dissection : les deux salles de cinéma parisiennes accueilleront du 13 au 15 mars le premier Festival du Film Tunisien, exclusivement, en France. Il n’y a de surréaliste que l’absence d’une telle manifestation artistique depuis le temps que les deux pays échangent dans le domaine culturel et économique et l’incroyable ambition de ces « jeunes tunisiens », du nom de leur association, qui vient enfin pallier à un long silence. Miracle d’intuitions et de compétences inouïes, Il se prépare sûrement à bousculer la fraîcheur de cet hiver en prenant place presque naturellement en même temps que le printemps des poètes : douce invitation à l’image. Savent-ils aussi qu’ils anticipent sur la disparition annoncée de la biennale des cinémas arabes à l’IMA du paysage français ?
À l’ombre d’une si douce catastrophe, quelque chose se lève. Nous assisterons à une sélection dense et significative ; Encore inédites en France, ou peu distribuées, l’occasion est en or, pour les parisiens, de découvrir ces œuvres qui ont pour certaines pourtant fait le tour du monde. En or aussi, Les Sabots, redécouvrir, énergie ineffable, irruption de l’éros, écho des élans, des espoirs. Seule exception, avec Le Collier perdu, en termes de chronologie : le cinéma tunisien n’a-t-il pas commencé à se rêver avec ces deux films pourtant mal connus ? L’intention est claire : accompagner des premiers courts et les derniers longs, et faire la part belle au documentaire jusqu'à la subversion méta-esthétique du genre avec Kahloucha. C’est le temps de toutes les audaces, y compris celles de « déplacer » les manières du cinéma français lorsqu’il s’agit de portraits intimiste façon Bouzid (fille) ou d’une caméra qui balaye la tragédie des candidats à la clandestinité entre les deux rives de la méditerranée : il faudrait songer à l’élection des tortues. Jouer des contraintes lorsque les libertés sont réduites, un exercice décliné à l’infini par nos cinéastes engagés dans leur art envers et contre tout, et dont le plus étonnant est l’extraordinaire foisonnement des paysages aussi bien intérieurs qu’extérieurs qui s’y déploient, le marquage critique de la société dont ils sont issus, avec ses paradoxes et ses intensités émotives, leur aptitude à représenter des tranches de vie tellement différentes, et d’y réfléchir. Dans le face à face inévitable entre l’art et le temps, tous les films ou presque sont récents mais tournés vers une mémoire dépositaire de son avenir : Histoire et cinéma, histoire du cinéma, qui fait l’autre ? Mahmoud Ben Mahmoud nous offre un regard sur les Beys de Tunis et un portrait de Samama Chikli. Partout, en filigrane, le questionnement de la création et de l’appartenance sont couplés : juive, ottomane, italienne, andalouse, secrète ou scandaleuse, urbaine ou marine, libre ou colonisée, avec ou sans papiers, verbale ou sans dialogues, la Tunisie est plus que jamais comme de tous temps l’heureuse invention d’une diversité, à l’image de ces rencontres cinématographiques qui ont plusieurs clefs à leur trousseau : on annonce des concerts de Zemeken et Neshez, Zied Ben Youssef et Haythem Achour. De la musique et pas seulement : Abdelaziz Belgaïd-Hassine exposera ses photographies de plateau, intrusion furtive dans la fabrique de la durée à partir de ce qui n’a eu lieu qu’une fois. Entourés des arts qu’il subsume, le cinéma ainsi conçu en archipel ouvrira la brèche autant attendue que les réalisateurs ; seront-ils là ? Rumeurs de surprises et craintes des déceptions : Qui de l’original ou de la copie est plus vrai ? D’une façon ou d’une autre ils seront (re)présentés : loups tendres et Perversion, en attendant le bonheur nous nous projetons ensemble, sous l’œil brillant du making off, dans un lendemain embobinant et passionné.Généreuse, attentionnée, l’ambiance promet d’être exceptionnelle : entrées gratuites (mis à part la musique) et bar sur place ! Alors, impatients, nous comptons et recomptons cœur tremblant les jours qui nous séparent de ce premier rendez-vous… |
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